Maison Fuji メゾン富士
À Koenji que j’aime appeler Koenjivillage tant la vie y est agréable comme à la campagne et que l’on ne pense pas habiter une des plus grandes villes du monde, j’ai trouvé un appartement très agréable. Si les pièces sont exiguës, il y a chose rare à Tokyo, un grand balcon ensoleillé avec une vue tout à fait dégagée. Dans le lointain on aperçoit les immeubles de Nakano et les sommets des gratte-ciels de Shinjuku. Après avoir rempli toutes les formalités auprès de l’agence de location, je suis allé voir le couple de propriétaires qui habite en face de l’appartement dans une très belle et ancienne demeure. Avec mon amie, je me suis présenté à leur porte avec un cadeau (des gâteaux bretons) et nous les avons vivement remerciés pour avoir accepté un étranger dans leurs murs. Quelques jours plus tard ils nous offrirent à leur tour des très grosses oranges.

Ici, j’entends les bruits de la ville; j’entends les sons de l’activité de l’homme. Le facteur, les livreurs de colis du Chat Noir, les démarcheurs d’Internet, les véhicules avec une sono pour récupérer du matériel usagé électrique ou électronique, le marchand de patates douces, le vendeur de fioul domestique dont le haut-parleur émet une musique de comptine enfantine, les conversations des voisins dans la rue, la musique qui annonce la fin de l’école primaire et qui me fait penser à l’appel du muezzin pour la prière. J’ entends le bruit que fait la nature, les sons du vent, de la pluie. Les Japonais qui utilisent de très nombreuses onomatopées disent « potsu potsu » pour les premières gouttes, « shito shito » quand la pluie tombe et « zaa zaa » quand elle devient forte. J’entends aussi les chants d’oiseaux avec le pire de tous, celui du corbeau. Son cri habituel est « kaa kaa » et « basa basa » quand il bat des ailes. Le poussin lui fait « pii pii » quand il pépie. Des oiseaux de toutes sortes viennent sur le balcon. Des moineaux et certains beaucoup plus gros avec un aspect plus sauvage. Hier, j’ai cru voir un héron survoler la maison. C’était un grand animal, très fin et entièrement blanc. Il battait un peu des ailes et pourtant se déplaçait très rapidement puis il planait très longtemps dans le ciel.

Je sors de l’appartement et oh miracle ! je vois le Fuji qui me salue juste devant moi. Un éventail à l’envers avec des coulées de neige qui forment des plis. Il est tout blanc, une ouate immaculée sous un ciel bleu. Quelle surprise ! C’est extrêmement rare de voir le Mont Fuji aussi bien et tout le monde ignorait que l’on pouvait l’apercevoir de mon appartement situé au deuxième étage et à une centaine de kilomètres. Sans doute à cause du déluge qui est tombé hier et après les violents éclairs qui éclairaient ma chambre sans volet cette nuit, l’atmosphère a été totalement purifiée.
Retour. Ce matin levé à quatre heures. Très beau temps, les arbres de la terrasse se chauffent au soleil, les corbeaux croassent. En me rendant à la gare avec mon amie, nous croisons le livreur de journaux.
En vol vers Paris j’ai eu une admirable vision, l’apparition du mont Fuji. Il m’a réconforté car c’était comme le prolongement de mon au revoir à la personne aimée que je n’avais pas réussi à distinguer me faisant un signe de la main de la terrasse de l’aéroport. Le Fuji me saluait dans toute sa splendeur. Un hublot à l’arrière de l’avion encadrait parfaitement le vénérable mont pendant un très long moment. Il paraissait plus fin que vu de Koenji. Merveilleux contraste, son cône sombre et pointu perçant le ciel était strié de longues et fines coulées de neige pareilles à celles que l’on voit sur les estampes célèbres. Majestueux, il était entouré de nuages moutonneux tel un joyau dans un écrin. Merci Monsieur Fuji.

Légendes des images : le mont Fuji vu de ma terrasse, moi-même en Wanchan par Camille de Koenji, autoportrait au Fuji.



