Le cri du jour 今日の叫び声
Le 11 mars 2011 J'ai mal au Japon

日本が痛い
Le 5 mars 2011
Quand elle allume sa cigarette, son paquet de Lucky Strike posé ostensiblement près d'elle comme un accessoire de mode, Solea a la vertu de me transporter vers le Japon, le pays de mon cœur. Le logo bull's eye me fait penser au drapeau japonais, le disque solaire 日の丸 ou étendard du soleil 日章旗. Le feu du briquet tel le drapeau des troupes terrestres aux seize rayons irise ses joues d'une belle couleur d'aube.
Le 6 août 1945 à 8 heures 16 minutes deux secondes quand Paul Tibbets le pilote du bombardier qui a largué la bombe atomique Little Boy (le nom Bad Boy lui conviendrait mieux), a t'il pensé au drapeau japonais comme cible à atteindre? On relate qu'il aurait crié "Lucky Strike" quand il vit qu'il avait atteint son but et admiré la tempête de feu. Dans ses souvenirs il reconnaît: «Si Dante s’était trouvé à bord de l’avion avec nous, il aurait été terrifié. La ville que nous avions vu si nettement, baignée de soleil quelques minutes plus tôt n’était plus qu’une tache affreuse. Elle avait complètement disparu sous une horrible couverture de flammes et de fumée.»
La cigarette tue. Comme les radiations atomiques la cigarette provoque aussi le cancer. Pourquoi la cigarette qui est nocive sur le territoire américain est-elle toujours produite par de grands manufacturiers américains qui la vendent à profusion à l'étranger. Le passage des frontières comme un filtre magique aurait-il pour le tabac un effet miraculeux qui la ferait devenir saine pour les fumeurs ?

Le 26 février 2011 Céline écrivain malgré lui
Á l'occasion de l'année de non célébration nationale de Céline je l'ai entendu à la radio ce qui est rare. Il explique avec comme fond sonore des sifflets d'un perroquet, des vocalises d'oiseaux et des aboiements de chiens dans sa maison de Meudon comment on devient écrivain;
"J'avais la vocation de médecin mais pour résoudre des problèmes économiques, je me suis dit, rien de mieux que de faire un petit livre ... je l'ai mis sous le nom de ma mère comme ça personne ne saura que c'est moi et cela ne me gênera pas pour la médecine et alors le livre est sorti, c'est Le Voyage, puis ça a fait tellement bruit que ça m'a beaucoup nuit pour la médecine, que j'ai été forcé de travailler dans la littérature, sans ça je n'y tenais pas du tout. La littérature m'a amené à d'autres livres et à des ennuis que vous connaissez et c'est tout."
et il donne un éclairage sur son style;
"Quand je vois un arbre je le laisse tranquille, je ne suis pas musicien, j'entends une chanson, je la laisse tranquille ... tandis que la phrase je la tortille... je suis un styliste, je n'ai pas envie de laisser une phrase tranquille, je tripote la phrase, je la titille, j'ai envie de la travailler. Je fais passer le langage parlé à travers l'écrit".

belle couverture du Livre de Poche pour le "petit livre"
dont malheureusement je n'ai pas trouvé le crédit de l'artiste
Le 14 février 2011 Sainte Valentine
L'IMPORTANT, C'EST D'AIMER

Small's Paradise
Solea & moi
Dans la chambre de l'hôtel sans nom rue Gît-Le-Cœur Un jour on va se rencontrer, et tu sécheras mes larmes, en me chuchotant à l'oreille des petits mots doux, avec des baisers, serré fort contre toi, Ah tout ce qu'on rate, poupée d'amour où es-tu? me chantonna Solea dans le halo de sa cigarette pour me remettre du cœur au ventre. Sa poupée à elle se prénomme Christelle et la mienne comme tout le monde le sait, c'est ...
Ploom ploom tra la la
Viva Solea !
J'avais trouvé les paroles de la chanson Lover Man interprétée par Billie Holiday dans la version originale de Sur la route de mon pote Jack Kerouac qui vient d'être récemment éditée. Celle que je préfère où Kerouac avait transcrit sur un énorme rouleau de papier installée sur sa machine à écrire toutes ses émotions lors d'un long périple à travers l'Amérique. Au volant de sa machine devant la route de papier, d'un seul souffle, en frappant jazzy sur les touches de l'alphabet*, il nous compte ses diverses aventures you-hou comme à un ami en employant le tutoiement. J'aime Kerouac, j'aime sa quête solitaire à la recherche des anges la tête dans les étoiles en traversant le cauchemar de la vie.
*Truman Capote disait que Kerouac n'écrivait pas mais qu'il tapait à la machine
Le 22 janvier 2011
Un bon bouquin le Just kids de Patti Smith chez Denoël. C'est l'histoire d'une amitié, celle de deux adolescents qui rêvaient de devenir artistes et qui réaliseront leur rêve dans une New York en bouillonnement warholien.
Qu'il devait être plaisant de prendre une chambre au Chelsea Hotel et d'y croiser Janis Joplin, Jimi Hendrix puis de se rendre au Max's pour écouter le Velvet Underground en compagnie des divines Holly Woodlawn et Candy Darling.
Qu'il est amusant d'apprendre que Patti sans avoir le désir d'être chanteuse avait voulu accompagner ses poèmes à la guitare. On lui avait conseillé de débuter sur Gloria de Van Morrison en raison de la facilité des accords. Les musiciens ironisent sur le fait que si une guitare tombe dans l'escalier, elle joue Gloria lors de la dégringolade. Et qu'Allen Ginsberg lui offre un café en croyant que c'était un joli garçon.
Qu'il est émouvant de voir Robert Mapplethorpe, timide, introverti, qui découvre son homosexualité et qui tâtonne dans la création de bijoux, de collages avant de se passionner pour la photographie et de devenir un monumental photographe. Et d'apprendre que Robert faisait le tapin sous le prétexte de gagner de l'argent avant d'admettre que cela lui procurait du plaisir.

Á la question sur son homosexualité Solea aime citer Michel Foucault lors d'une conversation avec Werner Schroeter.
"On a une preuve objective que l’homosexualité est plus intéressante que l’hétérosexualité, c’est que l’on connaît un nombre considérable d’hétérosexuels qui voudraient devenir homosexuels alors que l’on connaît très peu d’homosexuels qui aient réellement envie de devenir hétérosexuels."
Le 3 janvier 2011

Après mon exposition de poche à La Butte le 4 décembre j'ai eu la chance de trouver un acquéreur pour le dessin coloré Poisson japonais. C'est la première œuvre dessinée que je vends et je suis heureux que ce soit le docteur Philippe Bornet qui ait fait office de mécène. Dans son cabinet d'ophtalmologie il va rejoindre la photographie que j'ai faite pour illustrer mon décollement de la rétine.
Le poisson japonais est la reproduction d'une planche suspendue où est sculptée au ciseau de bois l'image d'un poisson et recouvert d'une peinture argentée, aujourd'hui délavée face aux affronts du temps. Accrochée a une poutre extérieure d'un pavillon de style bouddhiste situé dans un sanctuaire shintoïste, cette planche est un gong qui servait pour indiquer des moments importants de la journée.
Le sanctuaire est un de mes endroits préférés de Tokyo. Son nom est fait de caractères si anciens qu'aucuns japonais n'ont pu me donner la même lecture. De toute façon je ne vous donnerai pas l'appelation que j'ai enfin trouvée car le sanctuaire figurera en bonne place dans mon guide Tokyo secret. Le site est extraordinaire. Beauté du pavillon et du jardin vallonné, planté d'arbres et de roseaux où se nichent une infinité de statues d'animaux fabuleux et de saints. On y découvre toutes les caractéristiques des temples et sanctuaires japonais. Les pierres représentant les montagnes, des zones d'eau représentant la mer ou des lacs, des lanternes de pierre, le tube de bambou d'où l'eau s'écoule, des caractéristiques plutôt dédiées aux temples bouddhistes. Une allée de toris, les portiques rouges qui symbolisent le passage dans le monde divin, le chozuya, un petit pavillon avec son robinet en forme de dragon pour se laver les mains et se rincer la bouche afin de se purifier, caractéristiques shintos. Mais ce que m'émeut au plus haut point, c'est une grotte que l'on découvre en empruntant un enfilade d'une centaine de toris rouges qui serpentent dans un terrain accidenté sous les ténèbres d'une forêt vierge miniature et qui semble s'enfoncer dans les tréfonds de la terre. Là, miracle ! On découvre quand les yeux commencent à s'habituer à l'obscurité une caverne peuplée d'une meute de renards blancs, le Kitsune surnaturel. Le retour à la lumière se fait en continuant le chemin qui tournicote le long d'une pente abrupte et qui nous ramène dos à notre point de départ.

Pour ceux qui veulent découvrir cette endroit je leur donnes des indices. Le sanctuaire au nom impossible se situe au bout d'une route qui monte fortement. Après avoir dépassée le sanctuaire, la route qui était bien droite, prise d'un coup de folie soudaine fait un zigzag fabuleux qui parait inexplicable. Sans doute les employés des travaux publiques avaient fait des excès de sake pendant sa construction. Perdu! Lors de son percement, la belle voie rectiligne s'est trouvée nez à nez avec un arbre vénérable qu'il aurait été impie de couper. L'arbre autrefois servait d'abri à un saint homme, depuis il fait parti du panthéon des dieux japonais, c'est un kami. La route respectueuse contourne donc le dieu-arbre.
Le 31 décembre 2010 — 1er janvier 2011

L'année 2010 n'a pas porté ses fruits mais comme le dit Damien, "le monde est bien fait". 2011 fut ainsi créée pour que mon Espérance ait le temps de se manifester — à vous tous je souhaite aussi que vos rêves deviennent réalité en cette nouvelle année.
Le 16 décembre 2010 même pas mort

La webmistress Rachel est venue épauler l'ami Michel pour la maintenance de mon site. On lui doit un cheminement plus élégant pour aller aux différentes pages et le positionnement du favicon, la petite icône qui symbolise un site et que l'on voit dans la barre d'adresse ou les barres de titre. Pour les curieux je dois expliquer que mon favicon utilise une calligraphie de Camille de Koenji qu'elle a gravée dans une gomme d'écolier. C'est le cachet (判子hanko) que j'ajoute à ma dédicace comme on le fait au Japon quand je signe un de mes livres. La calligraphie est celle de l'idéogramme raku 楽 qui signifie quelque chose comme plaisant et qui est utilisé par exemple en composé dans le mot musique. Pour les plus curieux je dois ajouter qu'en réalité Camille a voulu me représenter mais je crois qu'elle a un peu exagéré la grandeur de mon sexe.
Le 17 août 2010

j'ai le cœur noué
Le 5 août 2010
À mon Aimée, un poème des Fleurs du mal de Charles Baudelaire
Le Balcon
Mère des souvenirs maîtresse des maîtresses
O toi, tous mes plaisirs ! O, toi, tous mes devoirs !
Tu te rappelleras la beauté des caresses,
La douceur du foyer et le charme des soirs,
Mère des souvenirs maîtresse des maîtresses,
Les soirs illuminés par l'ardeur du charbon,
Et les soirs au balcon, voiles de vapeurs roses.
Que ton sein m'était doux ! Que ton cœur m'était bon !
Nous avons dit souvent d'impérissables choses
Les soirs illuminés par l'ardeur du charbon,
Que les soleils sont beaux dans les chaudes soirées !
Que l'espace est profond ! Que le cœur est puissant !
En me penchant vers toi, reine des adorées,
Je croyais respirer le parfum de ton sang.
Que les soleils sont beaux dans les chaudes soirées !
La nuit s'épaississait ainsi qu'une cloison,
Et mes yeux dans le noir devinaient tes prunelles,
Et je buvais ton souffle, O douceur ! O poison !
Et tes pieds s'endormaient dans mes mains fraternelles.
La nuit s'épaississait ainsi qu'une cloison,
Je sais l'art d'évoquer les minutes heureuses,
Et revis mon passé blotti dans tes genoux.
Car à quoi bon chercher tes beautés langoureuses
Ailleurs qu'en ton cher corps et qu'en ton cœur si doux ?
Je sais l'art d'évoquer les minutes heureuses !
Ces serments, ces parfums, ces baisers infinis,
Renaîtront-ils d'un gouffre interdit à nos sondes,
Comme montent au ciel les soleils rajeunis
Après s'être lavés au fond des mers profondes ?
O serments ! O parfums ! O baisers infinis !

Jeanne Duval, l'adorée de Charles Baudelaire
Le 27 juillet 2010
Deux choses sur Paris. Promenade et photos dans le dix-huitième arrondissement et en particulier le quartier de la Goutte d'Or en compagnie de la jeune photographe Chikako. À cette occasion j'ai découvert un grand magasin de chaussures d'occasion installé dans un ancien cinéma, le Barbès-Palace devant la mosquée de la rue Polonceau. J'ai été fort étonné car c'est une rue que je connais très bien et j'ignorais totalement la présence de cette magnifique salle avec un balcon et un rideau de scène qui la fait ressembler à un théâtre. Si les chaussures sont présentées dans un énorme fouillis, qu'elle chance que cette salle historique soit encore préservée !
Nous sommes allés aussi au temple de Ganesh où se retrouvent les Hindous de Paris qui a déménagé récemment rue Pajol. Malheureusement la nouvelle salle toute moderne n'a pas le charme qu'elle avait rue Philippe de Girard. Espérons que les divinités avec le temps lui donneront une âme chaleureuse — le sabi japonais, la décrépitude des choses vieillissantes qui donne une belle patine.

Le roi déchu, sculpture composite érigée par les riverains de la rue Philippe de Girard

Les Princesses de la Goutte d'Or

Qui a pris l'image ?
Le 15 juillet 2010
Je choisis la vie chaque jour — mon Amour s'appelle Espérance.

Le 6 juillet 2010

Je suis du Côté fille est le thème de mon ouvrage atypique en forme de confession qui vient de paraître aux éditions AOI. Mes muses, mes amies, mes amours paradent à mes côtés. Mon côté Camille Marc qui représente symboliquement la question du genre avec onirisme puis mon côté fille manquée avec des portraits plus récents. Comme ils ne sont pas mis en scène ils sont plus dérangeants car ils évoquent sans fantasme le brouillage des sexes. Sous le vertige de l'aimée je me délivre en portant les attributs du sexe opposé — Marc devient Camille.
Le 18 juin 2010
En proie à mes récriminations André Gide m'a vivement réprimandé puis rasséréné. Il m'a dit: "estime que mieux vaut encore être haï pour ce que l'on est, qu'aimé pour ce que l'on est pas ... que l'art naît de contrainte, vit de lutte, meurt de liberté" et de déclarer "Marc tu as l'impérieuse obligation d'être heureux, ne désire jamais regoûter les eaux du passé et surtout n'oublie pas que ton bonheur est celui d'augmenter celui des autres."
Ce qui est bien avec les affinités électives qui m'ont choisi, Gide ainsi que Camus, Mishima, Kerouac ou Grall, c'est qu'elles sont toujours présentes au moment décisif pour m'accompagner à gravir la pente en direction du soleil.

André Gide circa 1909
Le 16 juin 2010 Dans le métropolitain parisien
Marchant de manière somnambulique sans doute dans la pensée du fantôme que j'aime je me suis retrouvé happé par le wagon de tête et j'ai violemment heurté un panneau métallique qui soutient un miroir qui sert de rétroviseur au conducteur. Mon étonnement est d'avoir vu en un éclair le conducteur surpris par l'incident me regardant droit dans les yeux avec un regard d'effroi en pensant que j'allais être écrasé sous son train. Cependant il continué sans s'arrêter en voyant que j'étais toujours sur le quai sans se soucier que je sois compressé contre un obstacle de métal le temps que la rame passe. Comme le train était reparti il n'y avait sur le quai qu'une femme qui est venue à mon secours. En fin de compte je m'en suis miraculeusement sorti — je n'avais que des hématomes au coude, au genoux et une douleur aux côtes. Le regard effrayé du conducteur sans cri semblable au cri muet de Munch m'a réconforté car je me suis dis que c'est bien rigolo de passer à côté de la mort et de se dire que ce n'est pas encore pour aujourd'hui. Merci mon ange gardien!

mon cri (détail) in Côté fille, éditions AOI
Le 26 mai 2010
"MA CIGARETTE , c'est ma meilleure amie. Elle ne m'a jamais trahi. Dans les moments difficiles, elle est toujours là !" ; "Quand je vais mal, fumer me réconforte, me fait du bien" ; "Face à un stress, une baisse de moral, un doute, elle m'aide à tenir" ; "En fumant, je me sens moins seul".
Fumeuses & fumeurs cités dans un article du Monde du 26 mai 2010
Cela me donne follement envie de me mettre à fumer !

Le 13 avril 2010
Chose amusante dans le métro. Une jeune femme lance une profusion de baisers à son téléphone qu'elle étreint avec un large sourire tout en parlant.
Le 30 mars 2010 SOLEIL COUCHANT
promenade avec David

"Je ne vois pas toujours la vie avec ton angle de prise de vue et je m'y refuse par protection.
Entre le noir et le blanc, il y a toute une gamme de gris et j'ai besoin de toutes ses nuances."
David
Le 27 mars 2010
Chez Ammad à l'heure de l'apéritif. En l'absence de la personne aimée je me sens rejeté environné de tous les clients qui se connaissent et qui forment des petits groupe animés. Boire seul aggrave la solitude.
Chose plaisante un voisin arrive et chose étonnante il est Japonais, ce que je vois du premier coup d'œil, peintre sans doute, ce qui s'avéra vrai. J'aurais dû faire une carrière de détective privé et rejoindre l'agence Fiat Lux de Nestor Burma. En plus Léo Malet m'a assuré que l'on y croisait les plus jolies femmes de Paris.
Avec mon ami de comptoir j'ai passé un moment agréable. Notre conversation était cependant limitée, non en raison de la barrière de la langue mais à cause de sa mauvaise oreille et de problèmes d'élocution. Quand nous parlions il mettait une main en coquille derrière l'oreille et l'autre main devant sa bouche pour cacher ses vilaines dents. Il venait du Marché aux Puces de Clignancourt me cria t'il. Avec un sourire hilare, il exhiba un sac à dos énorme. Il me demanda de le soupeser. Il était lourd. Je ne parvins pas à savoir ce qu'il contenait. Cette fois-ci mon flair de policier fut inopérant. La chose dans le sac lui donnait une forme ronde, ronde pas toute ronde, pas tout à fait ovale non plus. Entre le ballon de basket et de rugby en beaucoup plus massif. Etait-ce une tête de gorille ? Je crus aussi comprendre que tous ses vêtements provenaient des puces. En dépit de la douceur du jour, il était habillé en montagnard qui part à l'assaut de cimes enneigées. Il me montra dans un grand carnet des dessins de vues de Montmartre prises des grands escaliers et des nus qu'il avait fait d'après des modèles à l'académie de La Grande Chaumière. Il me parla de ses coups de cœur, Rembrandt et Bach. Il joue du violon et je crus comprendre qu'il avait eu, chose incroyable, non un Stradivarius mais deux que son amie, une femme très riche lui avait procurés. Tout d'un coup il me commanda une autre bière, me pria de me placer de profil, cinq minutes me dit-il. Radieux de sa prestation, il présenta mon portrait à Ammad puis me l'offrit. Je lui demandais alors de le signer et j'appris qu'il s'appelait Nasu. Il arracha une autre feuille et m'offrit aussi un nu. En hissant au dessus de sa tête son sac tout en criant Marché aux Puces il disparut soudainement avec un grand rire. Quand je reviendrai chez Ammad je ne serai plus seul. J'offrirai à Nasu son portrait réalisé avec mon Canonchan.

Le peintre Nasu qui a effectué mon portrait Chez Ammad
Le 22 mars 2010
Trouvé chez un bouquiniste du bord de Seine le recueil Paris-Tokio toute ma terre de Tetsuro Furukaki. Après que le libraire m'eut retiré le papier cristal qui le protégeait je fus charmé par le titre de la première partie Paris–Tokio passionnément ... . Il ne m'en fallait pas plus pour désirer acheter ce petit bouquin légèrement taché par le temps et aux pages non massicotées. Ravi je courais vers le café Le Pick-Clops du Marais pour commencer à le parcourir. De belles surprises, l'amour de Paris et de Tokyo, des villes que l'auteur aime si passionnément qu'elles se confondent dans son cœur, l'amour de la femme, tout l''amour de la vie.
Je meurs de désir aujourd'hui
Mes pensées se posent sur toi
Comme les larmes sur les toits
Je n''ai pas dormi de la nuit
Je suis affamé ce matin
Jour et nuit je crève de toi
Comme un animal dans les bois
Oh viens ! Viens apaiser ma faim
Je meurs de feu quoique brûlé
A tes pieds je suis abattu
Comme un saint que l''on a battu
Je vais mourir auréolé
Je meurs ..., novembre 1960 par Testuro Furukaki
À mon grand étonnement ma recherche sur Google m'apprit que l'auteur était un ancien ambassadeur du Japon en France. Les Japonais ont des Ambassadeurs tout à fait brillants. L'ancien ambassadeur Moriyuki Motono a eu la gentillesse de me recevoir à l'Ambassade pour parler de Yukio Mishima, un de mes maîtres. Son Excellence, monsieur Motono, était heureux de rencontrer quelqu'un pour parler de Mishima qu''il appréciait mais qui était un sujet tabou dans son pays. Il avait fait la connaissance de Mishima à l'école et avait admiré ses capacités intellectuelles et sa volonté inébranlable à devenir un écrivain. Il me raconta que pendant la guerre leur école s'était déplacée à la campagne où les élèves devaient fournir une activité physique intense. Malgré la fatigue avec une lumière de fortune le jeune Mishima écrivait la nuit pendant que tout le monde se reposait. Ces textes deviendront ses premières œuvres.
Le recueil Paris-Tokyo s'agrémentait sur la couverture de quelques mouillures — sans doute les larmes d'une âme sensible — que je laissais en son souvenir. Sur les conseils de Laure, l'accueillante libraire de La Cartouche, j'ai rendu plus présentable mon ouvrage. J'ai frotté un peu la couverture avec du papier de verre 001, une bonne gradation comme pour les préservatifs. Pour couper les pages j'ai utilisé un couteau et surtout pas un cutter après les avoir pincées très fortement. L'embellissement final c''est fait avec une robe de papier transparent pour fleuriste. Et quand on aime on nomme, alors j'ai inscrit sur la page de titre le lieu où j'avais recueilli le livre avec la date de sa renaissance en ajoutant ces vers de Tetsuro Furukaki Éclair de beauté m'aveuglant / La foudre sur mon néant
La séduisante librairie La Cartouche est située rue Lassus à flanc de l'église néo-gothique Saint Jean-Baptiste de Belleville. En devanture des boîtes proposent des livres de poche et les étagères fourmillent d'ouvrages captivants à des prix dont la petitesse a de la grandeur. Le couple du repaire se charge aussi des avis de recherche des titres malicieux que vous convoitez.
Le 18 mars 2010
Déjeuner, je pense au Japon.

Soleil levant 卵の丸
Le 13 mars 2010
Hier à midi, chez Paul à la Bastille, mon petit frère Damien a offert à Kyoko une bouteille de Saint Amour appelée Accroche Cœur. La prochaine fois que je vais dans ce restaurant en compagnie de Camille je l'enivrerai avec cet élixir.
Le 4 mars 2010
Allé voir à la galerie Kamel Mennour des œuvres inédites de Pierre Molinier. Je suis en terrain de connaissance, Camille Marc est peut-être un de ses petits enfants, à la différence qu'il est fasciné par le corps et non par les accessoires fétichistes. L'expo m''a plu particulièrement car elle montre les secrets de sa création, la manière dont il réalisait ses images qui étaient des photomontages. A partir des négatifs et des tirages, il enfantait par étapes successives de découpages, de collages et de rehauts au crayon ou à l''encre de retouche. Il fleurissait ses autoportraits, son mannequin, ses modèles de chair de bouquets de visages, de bras et de jambes. Il affinait les corps aux ciseaux et cachait les imperfection d'un visage par des masques. Et pour les fétichistes, une aubaine, la reconstitution de son appartement de Bordeaux avec des objets lui ayant appartenu. On y voit son univers, son monde imaginaire qu'il a mis en scène et reproduit avec sa chambre photographique. On s'amuse à retrouver les divers accessoires devenus des reliques sacralisées sur les clichés charbonneux du maître de cérémonie. On admire son mannequin de vitrine qui était sa compagne idéale et des sous-vêtements féminins noirs qu'il aimait porter chaussé de talons hauts pour devenir un homme-putain.
œuvre de Pierre Molinier
Après je suis allé je ne sais pourquoi à Pigalle. A la sorti du métro je suis tombé sur une japonaise avec un plan photocopié où en jaune le chemin du marchand de couleur de Van Gogh était tracé mais qu'elle ne parvenait pas à déchiffrer. Avec mon japonais des rues je crois avoir réussi à lui indiquer la route du magasin du père Tanguy.
Pour ma part, mes pas m'ont conduit sans raison à un endroit du boulevard de Clichy. L'endroit où Molinier achetait ses chaussures de pin-up et qui existe toujours depuis 1904. La vitrine expose des bottes, des escarpins, des genouillères, des cuissardes, des Richelieu, des bottines magnifiques, toutes à talons hauts, très hauts, un magasin pour jolies jambes uniquement. Je ne me souviens plus très bien si j'en ai essayé et que le vendeur m'ait dit que j'avais de jolies gambettes, et qu'une paire me plaisait parce qu'elle s'appelait Camilla.
Un peu la tête dans les nuages mes chaussures me portaient. Je suis parvenu cité Véron où gamin j'avais été voir la femme de Boris Vian qui m'avait reçu chaleureusement et m'avait offert des photos de mon idole de l'époque. Elle m'avait aussi montré la vue de leur logement, une terrasse qui donne sur le derrière du Moulin Rouge et l'appartement où habitait Prévert et où se tenaient les réunions du Collège de Pataphysique.
Puis j'entre dans autre passage en cul de sac, cité du Midi, un havre de paix avec un bâtiment tout en bois comme devait être à l'origine les ateliers du célèbre Bateau-lavoir avant sa reconstruction et l'ancien bain douche de Pigalle recouvert de carreaux de céramique blanche comme dans le métropolitain. Dans cette impasse à l'abri du tintamarre du boulevard un institut de recherche sur le Jazz en France a fait son nid.
De coutume quand je suis dans ce quartier je vais rendre visite au bouquiniste de la rue Audran. Une petite librairie au fouillis bien sympathique et aux prix tout aussi sympathiques. J'ai déniché sous une pile, bien caché à la place d'un livre, un 33 tour avec une très belle couverture, une photo de Jean-Pierre Sudre, Léo Ferré avec son chimpanzé aimé Pépée. Un trésor ! Une chose qui me rappelle le passé comme dirait Sei Shonagon. Mon ami Jano avait une petite amie qu'il appelait Pépé. Un jour il entend dire que Léo Ferré chante une chanson qui s'appelle Pépée. Il offre le disque à sa bien aimée et qu'elle est son étonnement d'entendre " T'avais les yeux comm' des lucarnes Pépée ... t'avais les mains comm' des raquettes Pépée ... t'avais les oreill's de Gainsbourg mais toi t'avais pas besoin d'scotch pour les r'plier la nuit ..." Elle ne fut pas vexée mais amusée car Pépé est devenue sa femme de toujours.

album Léo Ferré (détail), photo de Jean-Pierre Sudre
Heure du goûter, après l'achat d'un pain au chocolat quelconque, désir de café. Je ne vais pas Chez Camille mais Chez Ammad, un café-hotel Montmartrois qui connut les rendez-vous d'Edith Piaf et de Marcel Cerdan ainsi que ceux de Camille de Koenji et de Marc le Photographe. Chose amusante de nombreux clients me prennent pour un acteur connu. Je m'assois à la place de Camille et je me vois, un garçon triste avec ses cheveux filasses et des poils sur la gueule, — ah ! Camille où es-tu ?
En route vers ma maison par les chemins de traverse. Rue Fontaine, je passe devant l'immeuble qu'habitait André Breton. C'est la première fois que je le remarque car il vient d'être ravalé et une plaque y est maintenant apposé. Breton y reçut sa Nadja, espérance, "une âme errante" qui avait en réalité comme prénom Léona et en second Camille.
Et moi j'erre à la recherche de Camille à en devenir fou.
J'ai du passer une nuit bizarre. Le matin, au lever, j'avais très mal à une jambe et des bleus. Ai-je dans une danse endiablée travesti en Camille, chuté sur le plancher à cause de mes souliers à talons aiguilles après mettre tordu la cheville telle une fille qui aurait trop bu ?
Le 1 mars 2010
L'amour sauve la vie. Et sans amour ?

Le 20 février 2010
Grâce au film Bright Star de Jane Campion que je n'ai pas vu, John Keats est à la mode et tant mieux ! Pour ma part c'est Michel Déon, alors que j'étais un tout novice photo-reporter qui me l'a fait connaître. En raison de son élection à l'Académie Française j'étais allé le photographier en Irlande où il habite dans un vénérable presbytère entouré de prés où pâturent des chevaux de race. Quel merveilleux souvenir ! Tout les deux dans la douceur de la nuit en buvant un whiskey Paddy au son de la musique irlandaise à nous raconter nos coups de cœur. Quel plaisir de l'entendre parler de ses amours littéraires avec flamme. De retour à Paris je me précipitais dans les librairies à la recherches des pépites qu'il m'avait dévoilées. Le trésor fut Endymion de John Keats avec ce vers qui m'est gravé à jamais au plus profond de mon âme : "A thing of beauty is joy for ever."

John Keats par William Hilton
Le 18 février 2010
Devant mon immeuble, côté cour, les oiseaux trouvent une terrasse idéale sur le couvercle pare-pluie plat de la cheminée d'une petite maison isolée. Bien exposée, elle est taillée à la grandeur d''un terrain d'atterrissage. Il y a juste la place pour un couple et presque chaque jour j'en vois se bécoter follement avant de s'envoyer en l'air, ce qui est bien le cas, car le mâle bat violemment des ailes et s'élève quand il s''accouple.
Hier, dans le brouillard j'ai vu un pigeon solitaire qui se chauffait aux fumerolles qui sortaient du conduit de la cheminée. Comme au sauna, il semblait se prélasser et prendre un grand plaisir à la douce chaleur de la fumée. Cela m'a fait aussi penser à la fumée de l'encens qui sort de grands chaudrons dans les temples japonais où les fidèles avec de grands gestes de la main tentent de faire venir la fumée sur les différentes parties de leur corps à purifier.
Aujourd'hui sur cette terrasse, des pigeons, l'un au plumage d'un beau noir anthracite et l'autre d'un blanc immaculé formaient un magnifique couple. Comme ils étaient très fins et pas trop gros, c'est peut-être des colombes, probable pour le blanc mais je ne crois pas qu'il y ait des colombes totalement noires. Dans mon idée je pariais que ce serait le noir le mâle mais ce ne fut point le cas. Ah ! je serai très heureux de découvrir la couleur de la robe des futurs pigeonneaux, une couleur que je ne peux pas imaginer.
Chose amusante, quand j'observe les couples je n'arrive pas à distinguer quand ils se font la cour leur sexe respectif et j'ai été amusé de voir dans un guide sur les oiseaux que " chez les pigeons les mâles sont en général plus gros, plus bruyants et plus fiers."
Le 17 février 2010
Le cœur lesté d'un pavé, penché sur le parapet du pont Marie, île Saint-Louis, je tentais de voir si l'inconnue de la Seine chère à l'Aurélien d'Aragon avait laissé son empreinte dans les flots quand un couple d'adolescent passa.
J'entendis le garçon dire : "La vie est belle et nous sommes comme elle."
L'amour sauve la vie
Le 14 février 2010 Vive l'Amour!
L'AMOUR OU LA MORT





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